
Rejoindre les tables d’Atlantic City depuis Manhattan sans passer trois heures dans les bouchons du New Jersey Turnpike : c’est l’idée qu’étudient en ce moment un armateur new-yorkais et un promoteur de la ville. Le projet d’un ferry rapide entre New York et la capitale des casinos de la côte Est a été détaillé le 11 octobre par le Philadelphia Inquirer, puis précisé le 13 octobre par NJ.com. Rien n’est encore signé, mais le calendrier évoqué est court : l’été 2027.
Ce que prévoit le projet
L’opérateur pressenti est Seastreak, une compagnie qui relie déjà New York à Atlantic Highlands, sur la côte nord du New Jersey. Selon l’article de l’Inquirer, deux navires de la flotte, le Courageous et le Commodore, d’une capacité de 600 passagers chacun, pourraient assurer la liaison.
À l’arrivée, les bateaux accosteraient à la Farley State Marina, la marina d’État située à deux pas du Golden Nugget, l’un des neuf casinos-hôtels de la ville. Le trajet est estimé à environ deux heures et demie, et pourrait descendre vers deux heures avec des navires plus rapides.
Le prix avancé par le promoteur Tommy Carr, qui a réuni les différents acteurs du dossier, est de 145 dollars l’aller-retour. Le président de Seastreak, James Barker, cite de son côté un ordre de grandeur proche, autour de 149 dollars, d’après le compte rendu publié par Casinos.com.
Un projet encore au stade exploratoire
Les principaux intéressés restent prudents. Dans l’article de NJ.com repris par CDC Gaming, James Barker explique que la compagnie en est « aux tout premiers stades » et qu’il ne s’agit « pas d’une certitude » : Seastreak « explore l’idée ». Un groupe de travail se réunit environ toutes les deux semaines, et l’objectif affiché est une mise en service possible dès le week-end de Memorial Day, fin mai 2027.
La question pratique, pour l’armateur, est celle de la disponibilité de ses bateaux en pleine saison estivale, quand ses lignes habituelles vers les plages du New Jersey tournent à plein. Plusieurs sources évoquent d’ailleurs un démarrage sous forme de service le week-end, voire d’une phase pilote.
Pourquoi Atlantic City cherche de nouveaux joueurs
Le contexte explique l’empressement de la ville. Les casinos physiques d’Atlantic City peinent à retrouver leur dynamique, pendant que le jeu en ligne, légal au New Jersey, continue de progresser.
Les derniers chiffres officiels, publiés le 19 octobre par la Division of Gaming Enforcement, le régulateur des jeux de l’État, le montrent bien. Pour septembre 2026, le communiqué du régulateur fait état d’un produit brut total des jeux de 579,6 millions de dollars, en hausse de 2,8 % sur un an. Mais le gain des neuf casinos-hôtels, lui, recule de 1,3 %, à 227,8 millions de dollars.
Autrement dit, le joueur reste actif, mais il se déplace moins. Pour les casinos terrestres, chaque visiteur supplémentaire compte, et New York, plus au nord, représente de loin le plus gros bassin de clientèle de la région.
Un ferry adossé à un grand projet immobilier
Le ferry n’arrive pas seul. Tommy Carr est associé de Deem Development, la société qui porte le projet de l’Intercoastal Motor Car & Yacht Club sur l’ancien aérodrome municipal de Bader Field. D’après l’Inquirer, cet ensemble de luxe est chiffré à 4 milliards de dollars, avec 1 237 logements et un circuit automobile privé de 2,44 miles. La ville céderait le terrain pour 100 millions de dollars, et l’achèvement est attendu dans cinq ans au minimum.
Les autorités de l’État doivent encore se prononcer. La gouverneure Mikie Sherrill a qualifié Bader Field d’« énorme opportunité », tout en indiquant qu’elle avait encore des questions sur le dossier, selon la presse locale citée par l’Inquirer.
Ce que cela change pour les amateurs de blackjack
Pour un joueur de blackjack, Atlantic City reste l’une des principales destinations de la côte Est, avec ses tables en salle et ses parties à croupier. Mais le temps de trajet depuis New York a toujours pesé dans la balance face aux casinos plus proches de l’État de New York ou du Connecticut, et face au jeu en ligne disponible directement depuis le New Jersey.
Une liaison maritime de deux heures et demie, avec arrivée au pied d’un casino, change la nature de l’escapade : on ne vient plus seulement pour un week-end, on peut envisager un aller-retour dans la journée. C’est précisément le pari des promoteurs, qui voient dans le ferry une façon de ramener vers les tables une clientèle qui avait pris l’habitude de jouer depuis son téléphone.
Reste que le prix de l’aller-retour, autour de 145 dollars, n’est pas anodin et s’ajoute au budget de jeu. Un joueur qui gère sa bankroll avec méthode devra intégrer ce coût fixe dans son calcul, au même titre que la mise minimale des tables qu’il vise.
Et pour les joueurs français ?
Le sujet reste américain, mais il illustre un mouvement que l’on observe aussi en Europe : les casinos physiques misent sur l’expérience, le déplacement et l’événement pour se distinguer d’un jeu en ligne toujours plus accessible. En France, rappelons que le blackjack en ligne n’est pas autorisé : seuls le poker, les paris sportifs et les paris hippiques peuvent être proposés en ligne par des opérateurs agréés par l’ANJ. Le blackjack se joue donc légalement dans les casinos terrestres.
Pour Atlantic City, la suite se jouera dans les prochains mois : signature ou non d’un accord, choix définitif des pontons de départ à Manhattan et d’arrivée, puis feu vert des autorités. Si le calendrier tient, les premiers passagers pourraient embarquer dès la fin du printemps 2027, avec les tables du Golden Nugget en ligne de mire.